Une fille
Thursday, February 22nd, 2007C’EST qu’une fille, ça vous pousse un peu. Ce n’est jamais essouflé voyez-vous, ça a une résistance terrible et une faim des choses qui ne tremblote pas, ça se fout pas mal des bilans satisfaits que les garçons se hâtent de réclamer à l’autour, une fille c’est un peu comme une femme: dévorant moteur de progrès, envie d’avancer, en mouvements et en paroles, plus mieux, plus doux, plus juste et puis ce qui passionne, ce qu’on apprend, tout ce qu’on veut voir et comprendre, une fille en vacances ça se plaint toujours de ne pas pouvoir visiter la totalité de ce qui est visitable, et d’avoir à se coucher trop tôt, une fille ça continue à marcher par quarante degrés à l’ombre pour aller reluquer le dernier reste de miette de vestige des fois qu’il comblerait d’un coup les questions irrésolues, une fille ça botte le train des garçons parce que maintenant qu’on est là, il faut profiter de tout et qu’on aura bien le temps de se reposer au retour (ultime concession des filles au règne des garçons, à reculons elles retournent finalement mais le plus tard possible quand les garçons, eux, c’est partir qu’ils concèdent en marche arrière), une fille ça ne se contente pas d’apprendre la japonais en même temps que le russe la biologie la philosophie et le solfège, ça se casse à l’heure des matchs de foot pour une séance de gym et puis après ça va danser jusqu’à pas d’heure, parce qu’une fille ça a des millions de copines dont les anniversaires ou les résultats d’examens tombent tous les jours quand c’est pas plusieurs fois dans la même journée, sans compter celles qui partent en voyage à qui il faut aller dire au revoir et qu’il faut revoir dès qu’elles rentrent, plus les expos géniales et les concerts déments et les petits cafés nouveaux qui fleurissent comme vaches qui pissent et les promenades dans des grimpettes impossibles, c’est pas le genre à coincer huit heures d’affilée devant un cube de plastoque qui délivrerait des soi disant courses de voitures ou du combat de rue, une fille ça demande toujours qu’est ce qu’on fait quand on a l’impression de déjà trop en faire ou bien d’avoir tout fait, c’est un peu marche ou crève (j’ai déjà choisi), et c’est pas le peine de croire que tu vas t’en tirer facilement avec des formules mathématiques ou des concepts de mécanique des fluides quand elle te demande comment ça marche un bateau parce que ce qui l’intéresse le plus, au fond, c’est pas comment ça flotte mais plutôt ce qui de l’essence de l’homme l’a amené à se déplacer ou à transporter des machins loin, alors qu’ici il y a tant à imaginer et que la mer, ça se regarde bien mieux depuis toutes les berges autour ou bien depuis la plage, et que ce qui est un peu nul quand tu le prends, le bateau, c’est que tu ne sens pas l’eau sur ta peau, ni le goût du sel, que tu t’encroûtes quand tu pourrais te dépenser en nageant tout ton saoul (si saoul il y avait mais ça c’est pas demain la veille), une fille ça dit ce que ça pense et même ce que ça ne pense pas, ça ressent un milliard de trucs incompréhensibles à la seconde et ça en parle, il n’y aucune réponse qui lui conviennent, ça ne sait pas, une fille, ça apprend
